L'ingrédient essentiel d'un bon scénario
Quel est l’élément marquant et déterminant qui fait qu’un producteur va, oui ou non, accepter votre scénario ?
Il y a tout un tas d’éléments, aléatoires ou non, qui font qu’un scénario peut être produit ou pas. La plupart d’entre eux ne sont pas de votre fait ; il s’agit en somme d’événements sur lesquels vous n’avez aucun contrôle : un producteur surbooké ou mal luné, un scénario qui ne s’inscrit malheureusement pas dans l’air du temps, une société qui ne produit que les projets de ses proches, une autre qui ne lit pas ses mails, etc.
Cependant, il y a des aspects sur lesquels vous pouvez influer. Tout d’abord, évitez d’envoyer des éléments superflus. Un producteur reçoit en moyenne un à trois scénarios par jour. Si vous commencez par l’inonder de documents (souvent inutiles), tels qu’un moodboard mal fignolé, un storyboard qui n’est pas encore pertinent à cette étape de la production, ou encore une liste de l’équipe technique alors que celle-ci n’est pas encore utile (surtout pour un producteur), cela devient contre-productif.
Le plus important pour un producteur est plutôt d’avoir un pitch (afin de voir si le sujet l’intéresse), une première version du scénario ainsi qu’une note d’intention d’auteur. Vous pouvez ajouter à cela (ce n’est pas obligatoire, et c’est parfois même contre-productif) une liste des personnages avec une description détaillée de leur caractère et de leurs enjeux, une note d’intention artistique (différente de la note d’intention d’auteur) ainsi qu’un synopsis.
A noter que, dans le cadre du documentaire, joindre une liste des personnages ainsi que des lieux ou institutions visés constitue un réel plus.
Concernant le scénario, celui-ci doit mettre en avant quatre critères essentiels afin de donner confiance au producteur : une dramaturgie bien maîtrisée, une thématique dans l’air du temps, de bons dialogues et un sujet, a priori, peu abordé. Malheureusement, l’aspect artistique passe au second plan dans le cadre de l’écriture d’une continuité dialoguée (du moins au début), car le producteur veut d’abord savoir si, a priori, ce scénario est bel et bien adapté aux différentes commissions auxquelles il sera présenté.
Un scénario doit être bien écrit, certes, et avoir une fibre artistique certaine. Cependant, cela passe au second plan, car si le scénario ne rentre pas dans certaines cases, il ne pourra tout simplement pas être produit. Dès lors, l’élan artistique qui s’en dégage perd toute portée.
Évidemment, je ne suis pas en accord avec cela, mais les réalités matérielles font qu’un producteur qui reçoit plusieurs scénarios choisira souvent celui qui coche le plus de critères essentiels (à condition qu’il soit bon), plutôt que le meilleur scénario possible.
Ensuite, il y a la note d’intention. C’est ici que votre plume, votre potentiel créatif et artistique seront mis en avant. L’objectif n’est pas non plus de faire du blabla inutile ayant pour unique but de montrer votre style littéraire qui, j’en suis certain, est formidable. Non. La note d’intention d’auteur doit être obligatoirement bien écrite ; elle laisse place à une liberté intéressante pour l’auteur, mais elle doit aussi être claire et posséder cet élément important évoqué en début de note.
Cet élément, il s’agit de « l'univers artistique de l'auteur ». Ce mot est grossier, j’en suis conscient. Cependant, c’est une réalité objective à laquelle on ne peut pas échapper. Il est le plus, l’étincelle qui donnera envie à un producteur de vous produire. Car le producteur est avant tout un être humain, qui plus est passionné de cinéma, et qui, contrairement aux idées reçues, ne va pas chercher en premier lieu à produire un scénario qui fonctionne, mais bel et bien un scénario qui lui plaît, qui le prend aux tripes et lui parle au cœur.
Cela semble logique et pourtant cela est souvent oublié : pour qu’un producteur accepte de produire un scénario, il faut que ce dernier lui plaise. Et pour qu’il lui plaise, il faut que ce scénario soit écrit par un être qui dégage un univers particulier, un univers singulier, car le producteur ne travaille pas avec un scénario, mais avec vous.
Et donc ? Tout ce que j’ai dit précédemment concernant les quatre critères essentiels du scénario tombe-t-il à l’eau ? Non. Les deux aspects ne sont pas antinomiques. Lorsque je dis que l’aspect artistique passe au second plan lors de la première lecture du scénario, cela est tout aussi vrai que faux, car il doit tout de même y avoir une empreinte artistique forte qui émane de l’écrit que vous nous envoyez. Cependant, il ne s’agit pas du style artistique qui est observé (celui-ci reste au second plan), mais de l’univers artistique ; ici se trouve toute la nuance.
Mais qu’est-ce que l’univers artistique ? Ce terme est large et dévitalisé de son sens tant il est employé à tort et à travers. L’univers artistique, c’est votre âme (pas au sens religieux) matérialisée dans un écrit. Il s’agit, en d’autres termes, de vous dévoiler, en montrant pourquoi le scénario que vous proposez vibre autant en vous.
Pour cela, il ne faut pas avoir peur de faire ce que vous aimez vraiment, sur le plan artistique. Un univers doit se matérialiser dans votre scénario comme dans votre note d’intention. Quels sont vos thèmes de prédilection ? Comment souhaitez-vous les mettre en scène ? C’est précisément ce qui définit un univers artistique.
Pour faire simple : ne parlez que d’un thème qui vous parle au plus profond de vous-même. N’empruntez pas un sujet qui ne vous touche pas profondément, car vous n’en parlerez jamais avec suffisamment d’affect.
Ce sujet qui vous touche, il peut vous rendre mélancolique, joyeux ou même en colère ; dans tous les cas, laissez s’exprimer le sentiment qui vous anime dès lors que ce sujet est abordé. Enfin, parlez-en avec vos mots : de manière enfantine, absurde, drôle, triste, tragique. Il faut que vous parliez le langage artistique qui vous sied le mieux, pas celui qui vous semble plaire le plus.
Un univers artistique, pour faire simple, c’est une transposition (sur papier) de ce que vous êtes sur le plan de l’intime et sur le plan artistique. Cet univers sera clivant, il ne fera pas l’unanimité et certains producteurs n’y seront pas sensibles. Cependant, un art qui n’est pas clivant et qui fait consensus est rarement gage de qualité ; au contraire, et il vaut mieux perforer le cœur d’un seul producteur plutôt que de caresser mollement le cœur de tous.




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